Conjoncture laitière 2015 : où en est-on ?

Lait : L’accord du 24 juillet dernier pour la filière laitière a permis d’obtenir une revalorisation du prix du lait. Cependant, la réalité est toute autre. Les entreprises laitières ne jouent pas toutes le jeu et affichent des prix différents. Revenons avec Ludovic Blin, président de la section lait afin de faire un point sur la situation.


Agriculteur Normand : Pour vous, les entreprises laitières vont-elles tenir leurs engagements pour la fin de l’année ?


Ludovic Blin : Malheureusement toutes les entreprises ne font pas l’effort auprès de leurs producteurs car toutes ne reversent pas la revalorisation qu’elles ont obtenue grâce à la table ronde. Aujourd’hui, la plupart d’entre elles font l’autruche et attendent que la situation se tasse mais il ne faut pas oublier qu’elles ont les moyens de rémunérer leurs producteurs à leur juste valeur. Pour rappel, il manquait en moyenne par rapport au Pays-Bas, l’Allemagne et l’Irlande 33€/1000 litres pour 2013 et 17,6€/1000 litres pour 2014. De plus, en début d’année, elles n’ont pas hésité à afficher des bénéfices nets positifs. Dans tous les cas, la FDSEA de la Manche ne compte pas en rester là ! L’année 2015 ne se soldera pas dans le négatif ! L’attitude de certains transformateurs est une provocation pour leurs producteurs.


AN : Y a-t-il des entreprises qui ont joué le jeu ?


LB : Oui, il y a des entreprises qui ont joué la transparence en redonnant les revalorisations issues de la table ronde Pour arriver aux 340€ sur la fin de l’année. Il est nécessaire d’étendre cet accord à l’ensemble des produits laitiers et veiller à ce que la distribution s’approvisionne en produits français et que la RHF aille dans ce sens. Il est indispensable que le marché intérieur compense la mauvaise valorisation des produits industriels car l’année 2016 sera encore difficile.


AN : En parallèle, depuis la fin des quotas, la France affiche une marchandisation des contrats, qu’en pensez-vous ?


LB : Cette situation est paradoxale. Suivant la volonté des transformateurs et leur politique de gestion des volumes les contrats se vendent au grès à grès. Contrairement aux autres pays européens, les producteurs français sont les seuls à financer leurs demandes de volumes supplémentaires. Un producteur allemand par exemple n’a pas de limite de volumes. Son litrage supplémentaire ne sera pas pénalisé alors qu’en France c’est tout l’inverse. Cette situation est contreproductive. Cette marchandisation ne fait que d’affaiblir la compétitivité de la production laitière française. Par ailleurs, celle-ci allie une fois de plus le producteur face à son acheteur puisque l’entreprise laitière est en droit de refuser son lait.


AN : Que pensent nos voisins européens de cette situation ?


LB : Face à ce constat, nos voisins ne comprennent pas cette situation. Lors des rencontres laitières européennes, les membres du COPA de la branche lait ont bien précisé qu’à travers ce fonctionnement la France prend du retard par rapport aux autres pays.

De plus, certaines entreprises valorisent le prix du lait du T4 grâce aux actions de la FDSEA. Cependant, cette valorisation reste liée aux taux de réalisation de l’entreprise et par conséquent elle encourage ses producteurs à être en sous réalisation. Cette politique de « sous-volumes » aura des conséquences sur la capacité des entreprises laitières à être compétitives et conquérantes face aux marchés émergents. Comment pouvons-nous nous positionner sur de nouveaux marchés alors que nous n’avons pas les volumes nécessaires ? Dans ce cadre, les entreprises laitières auront toujours une bonne raison pour ne pas payer leurs producteurs.


AN : Que proposez-vous ?


LB : La situation est difficile et nous manquons de visibilité. Le comportement de certains transformateurs n’apporte pas de confiance pour affronter cette crise particulière. Prochainement nous devons  travailler avec la distribution et transformation sur une contractualisation tripartite pour atténuer la volatilité des prix. Dans l’urgence, il faut du prix et cela se fera par une augmentation du seuil d’intervention et par un comportement responsable des leaders de la transformation pour apporter un prix décent aux producteurs. Comptez sur la FDSEA pour défendre  l’intérêt de tous les producteurs.


Propos recueillis par Pauline Bourry

Service syndical


Écrire commentaire

Commentaires : 0